Mestia

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Mis en ligne le12 Sep 2011 dans 05-Géorgie

Kochalada (salutations approximatives en Svan car c’est un dialecte oral)

Bienvenidos en Svaneti, espace sauvage, mystérieux et énigmatique. Nous déménageons nos pénates dans ce royaume isolé dans le Grand Caucase, un lieu qui a subit peu d’influence des grands empires et qui a su garder un style de vie traditionnel.

Comme lors de la dernière aventure, montagnes et rivières sont enchanteresses. Dans le mashroutka, nous faisons connaissance avec Yossef et Gella, deux bons vivants Géorgiens avec qui je peux jaser autant de Gretzky, de Gianluigi Buffon ou de Paolo Maldini (avec des expressions internationales comme : Oh ou Ah good et des signes de pouce vers le Saint-Esprit). Yossef nous paie des kubdaris (sorte de pain farcie à la viande épicée) comme déjeuner. En route, nous apercevons le mont Ushba qui avec ses deux pics qui n’ont rien à envier des beautés de l’Himalaya.

Ensuite, nous arrivons à Mestia, ville phare de la région qui affiche ses tours  défensives construites pour la plupart il y a plus de 800 dans le but de protéger le village de l’éventuel ennemi. Yossef passe son dimanche en vacances à Mestia et nous aide à trouver une famille et un jardin où poser notre tente. Nous nous sustentons avec lui de lobio, des tortellinis épicés à la crème sûre, du pain, beurre et fromage maison avec la famille tout en dégustant leur vin rouge maison. Nous apprenons que Yossef est directeur d’une bibliothèque et qu’il a fait la guerre aux Russes pendant des conflits avec l’Abkhazie et plus récemment avec l’Ossétie du Sud en 2007. Il nous montre les cicatrices des balles qu’il porte au visage et au bras. Notre phrasebook géorgien se fait malmener par toutes les questions qu’on se bombarde mutuellement. À la guerre comme à la guerre!

Nul besoin de préciser que Yossef a certaines ressemblances dans le physique et la gestuel avec le père de Karine. Laoura, la mère de la famille est très accueillante et Lana, une plus jeune fille svan qui parle francais un petit peu, nous sert de truchement pour échanger avec Yossef qui est Géorgien mingrel et qui ne comprend pas le Svan, bref… Un jeune homme de la maison se marre de nous en nous faisant prononcer les mots géorgiens qui font paraître la langue mongole – si difficile pourtant – comme de la petite bière.

Nous partons avec Yossef au mini-market et j’achète une bouteille de chacha locale disséminée dans une bouteille d’eau que la femme sort discrètement sous le comptoir. Yossef a comme ami un membre de la police qui nous fait monter dans son pick-up et il nous dépose près d’un petit café situé dans un canyon à quelques kilomètres de la ville. De là, nous rejoignons des amis de Yossef, eux aussi habitants de la ville de Zugdidi, pour un pique-nique familial impromptu fort agréable. Ils nous offrent du melon, des tomates, des saucissions, du pain, de l’agika (mélanges d’épices dans une sauce chili) et évidemment leur chacha maison qu’on boit d’un trait suivant les vœux de Zura qui a le rôle de tamada (le toastmaster). On échange des : « Longue vie à la Géorgie! » « À la paix! » « À la victoire! » etc.)  

Depuis qu’il dort dans la terre, Staline, bien que natif de Géorgie, n’est pas très aimé par la poignée de Géorgiens avec lesquels nous avons demandé l’opinion – dont nos compatriotes de pique-nique – . Ils nous affirment également qu’ils ne sont pas très accointés avec l’Arménie ou la Turquie, seule l’Azerbaïdjan semble être leur voisin géographique qu’ils disent « aimer ».

Zura a conduit des avions contre les Russes pendant les conflits et son fils, aussi présent, est ingénieur civil. Zura est très attentionné et parle beaucoup avec Karine à l’aide de notre petit guide de parlotte géorgette. Nous leur offrons ma chacha achetée précédemment, barres tendres et bananes qui sont vite englouties.  

Vers l’heure du souper, nous partons en trombe dans les 2 Lada kapout pour atteindre une station de ski près du sommet de la montagne où nous pouvons apprécier le coucher de soleil et boire ensemble un nabuchodonosor de houblon pendant que certains s’adonnent à de rapides coups de Backgammon.

C’est tout juste avant que la fiole ne pète en deux que nous redescendons, un peu ronds certes, vers Mestia. Histoire de pousser une des deux Lada en vain, elle fait de la boucane et ne bougera pas de là, la petite famille dormira à Mestia pendant que nous continuerons quelques explorations avec Yossef. Les p’tits canards ne se suivent pas tous en ligne.

Il y a beaucoup de construction à Mestia. La semaine dernière, le président de Géorgie y était pour inaugurer la nouvelle route qui mène à la ville et ce soir, nous avons pu saluer le gouverneur de la région, présent pour les nombreux travaux de rénovation de la place centrale. Nous retournons souper chez Laoura et cie puis le lendemain nous nous levons avec comme déjeuner : pain, beurre, fromage, confiture et crème sûre.

Avec ce snack, nous sommes fins prêts pour le trek tant espéré, sauf un détail : plus de trace de la carte! Nous nous étions procuré une carte précise avec les topographies de la région à Tbilissi. Il ne nous reste qu’une carte touristique avec vraiment peu de détails. Nous partons quand même, il faut ce qu’il faut.

Après quelques heures de tergiversations, on se perd; les indications des habitants et leur bouvier garde bœuf, les tracés sur la carte et nos instincts se confondent en vecteurs orthogonaux.  Y’a pas moyen de traverser cette montagne et rejoindre l’autre vallée… Nous pensons être sur la piste d’un autre glacier et le soleil montre des signes de faiblesse, ce qui nous pousse à poser le bivouac sous un pommier géant. C’est à ce moment qu’on retrouve la carte tant cherchée enfouie dans nos bagages, allez va… Vino, pasta et dodo.

Nous nous sommes éteints comme des lumières, nous avons rêvé aux toisons d’or, aux argonautes, aux pommes qui tombent sur notre tente et aux tours de guet. Ainsi va la vie qui va.

Avec la carte retrouvée, nous pourrons repartir vers la route qui nous mènera à Ushguli, quelques 45 kilomètres plus loin. Attendez bien de voir la suite de la randonnée en Svaneti, je vous promets que vous en aurez plein les yeux de cette région diaprée!

 Gaoumarjos!  Un toast à la victoire, tout simplement!

Vos valeureux voyageurs au long cours,

– François et Karine

A VOIR : Album photo de Mestia


7 commentaires

  1. Mononcle Luc

    Kachalada les jeunes .
    Je ne prend pas toujours le temps de commenter vos savoureux récits et vos photos hallucinantes mais je suis au rendez-vous .
    La Géorgie me semble faite sur mesure pour moi , le bon vin maison et le nabuchodonosor de houblon , j’aimerais bien je crois . Je vous envoie de l’énergie pour la suite de ce merveilleux périple . Oh , en passant mon petit François , je me souviens de Gretzky mais , Gianluigi Buffon , y jouait dans quelle équipe lui ? ah ah ah .
    Bonne Route .

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  2. David Lacroix

    Moi j’ai une question qui me chicotte; combien d’ampoules sous vos pieds?!!!

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    • Karine

      Hey toi le Turc, pilote de mopette du Cappadoce,
      Es-tu revenu? Nous quittons sous peu vers ce grand pays. Au fait, nous sommes chanceux cette fois, pas d’ampoule! Mais, j’y avais goûté en Chine, mes orteils de vagabonde sont renforcis faut croire!
      On se donne des nouvelles!
      Karine 🙂

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  3. Louis

    Yes les amigos, rien ne vaut une pause avec vos récits rocambolesques durant le matin austral. Quelle belle façon de débuter la journée! C’est même meilleur que mon café latté! Faudra certes m’expliquer ce qu’est un nabuchodonosor de houblon par contre 🙂
    Cheers mates
    Ainsi va la vie qui va Ah!

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    • Francois

      G’day frangin!

      Comment ça va? As-tu d’autres nouvelles de ta job pour cet hiver?

      On viens d’arriver en sol Turc après 3 jours de vacances sur le bord de la Mer Noire à Batumi, première eau salée. On a pénardé bien tranquille dans cet environnement semi-tropical où poussent des palmiers et bambous et où on a importé des dizaines de plantes de jungles. C’est une belle petite ville touristique, on en a profité pour dormir à l’hotel, prendre une belle chambres avec clim. et haut chaude et tout, coupe de cheveux de mon côté, écoute de CNN international et d’une game du Bayern Munich!

      PS, selon wikiped., un nabuchodonosor est une bouteille en verre d’une capacité équivalente à celle de 20 bouteilles de 750 ml, soit 15 L. mais en fait c’était exagéré quelque peu dans mon histoire, la bouteille de bière partagée faisait 2,5 L. Quand même!

      On sait pas trop où aller avant le Cappadoce, on pensait les montagnes Kaçkar puis il mouillait en fou ce matin, donc on essaiera d’aller au Sud proche du lac de Van ou du Mont Nemrut. On sera à deux pas de l’Iran, Irak et Syrie, aie aie aie,

      a bientôt!

      Franky

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  4. Lyne Lemieux

    Fabuleux, de toute beauté la Géorgie, les photos extraordinaires, vous etes vraiment impressionnants. Avez vous pris des cours de photographie avant de partir en voyage??? Vous etes étonnants et j ai toujours hate a la suite…

    Je vous embrasse fortxxx

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    • Karine

      Merci mom pour tes commentaires!
      Non, pas pris de cours de photographie avant de partir, nous aurions aimé cela toutefois. Une chance que c’est un bon appareil, parce que la technique n’est pas tout à fait au point. Bon, à force de lire de rencontrer des photographes qui nous donnent des petits cours, nous finirons par nous débrouiller un peu plus.
      Merci et on t’embrasse nous aussi!
      Karine et François xx

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