Randonnée dans Svaneti

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Mis en ligne le18 Sep 2011 dans 05-Géorgie

Déjà de retour pour vous, lecteurs des péripéties géorgiennes!

La Svaneti! Ça évoque liberté et air pur, non? Hé bien, c’est exactement ce que c’est! Pensez à un petit coin de paradis où l’eau de source est omniprésente, où la nourriture est succulente, où les gens sont dévoués et aux petits soins, où se dressent des glaciers titanesques et brasillants, où les bêtes sont libres et au comble du bonheur, etc. Oui, oui, vous êtes bel et bien dans la région de la Svaneti en Géorgie dans l’immensité du Grand Caucase.

Nos pérégrinations de marche impromptue – sans carte topo, bien entendu – nous ont permis de nous réveiller sous l’esquisse d’un ciel azur, bercé par des nuages dissipés, et d’entrevoir les pitons des glaciers qui étaient plutôt timides depuis notre arrivée le jour précédent. Abrité par notre arbre lanceur de pommes, nous préparons un bon café pour bien trotter toute la journée. Par miracle, nous retrouvons la légendaire carte manquant à l’appel, enfouie dans notre fourbi et finalement trop bien rangée, puis nous décollons vers Zabeshi, un petit village en flanc de glaciers.

La route sera bonne, même si nous avons pris celle des voitures, question d’arriver au village tant espéré une fois pour toutes! De toute façon, le chemin à parcourir sur la chaussée de terre n’est pas déplaisant du tout : certains villageois s’arrêtent pour nous offrir le transport jusqu’à Ushguli (destination finale de notre épopée pédestre) tandis que d’autres préfèrent nous faire don de poires naines et la plupart, de gros tatas avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles! La marche est donc fort plaisante et en fin d’après-midi, éblouis par la vue spectaculaire du mont Ushba, nous décidons de monter la toile et planter les piquets dans un champ fraîchement coupé à la faux. L’air est bon et la vue est divine. Le mont Ushba s’élève de ses quelques 4 710 mètres et nous observe du haut de ses pics magistraux. Nous avons déjà hâte au lendemain pour connaître la suite.

Faut croire qu’il faut jouer au chat et à la souris pour trouver les sentiers balisés dans cette joliette région! C’est bien beau être motivés et observés la carte attentivement, nous n’avons pas de GPS et nous voulons notre peau intacte dans le village d’Adishi avant le crépuscule. Pas question de croiser un quelconque Yéti des neiges svan pour nous bouffer dans les contrées enneigées! Notre bon sens nous dicte alors de poursuivre sur la route de terre rudimentaire pour voiture – nous en croiserons seulement deux en une journée de marche – pour franchir la montagne et atteindre la prochaine vallée. Mis à part que nous pensions croiser des sources d’eau naturelle à foison et que ce ne fut pas le cas, nous ne serons pas déçus par le choix de ce chemin! La vue de 360°, jubilante, nous a fait oublier toute sensation de déshydratation naissante. Contemplez par vous-mêmes. Pas méchant du tout, hein?

Tout compte fait, enquiquinés par les sentiers introuvables – et probablement inexistants -, nous décortiquons la carte topographique et mettons le cap direct sur Adishi, en contournant les ravins, bien sûr! Nous aboutissons dans un autre champ mis à la coupe et nous sommes accueillis par les agriculteurs d’Adishi. Ils nous indiquent la direction du village et nous invitent à leur humble demeure. Exténués, nous décidons de monter la tente sur le bord d’un promontoire donnant sur la rivière et de relaxer. Nous promettons au frère et à la sœur de Gergui, un jeune Svan rencontré à Mestia, de prendre le déjeuner avec eux le lendemain matin avant de lever les feutres. Dodo, ronron et patafion, nous sommeillons.

Au petit matin, nous nous rendons dans le coquet village d’Adishi, enclavé dans une vallée bordée de conifères. Ce petit village ne compte qu’une centaine d’habitants tout au plus et date de plusieurs siècles! La famille de Gergui nous reçoit chaleureusement et l’une des sœurs, Élizabeth, qui parle bien l’anglais, prend plaisir à discuter avec nous. Elle a de la difficulté à croire que François n’est pas Russe avec sa touffe d’été tirant sur le blond! La famille nous sert comme des rois et nous nous goinfrons de kachapuris (pain fourré au fromage fondant), de salade de tomates au persil et de pain maison local trempé de confiture aux framboises concoctée par la famille, un vrai régal!

Bedons rassasiés, nous reprenons la route vers le village d’Ipari en longeant la rivière par la route accidentée. Un gars de notre âge s’arrête – la seule voiture rencontrée – et nous offre de monter à bord de son Jeep pour se rendre à Ushguli. Parfait, c’est parti! En chemin, notre bon samaritain s’arrête même pour nous payer du houblon dans une cabane rustique en bois! Le guide du parler géorgien se fait aller le pompon encore une fois! Il s’avère très pratique et nous permet de rire de bon cœur!

Notre nouvelle connaissance svan nous amène à Ushguli, petit village en retrait dans les montagnes et faisant partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Idem qu’à Adishi, le village n’est pas très gros et en une heure, nous croisons les villageois plus d’une fois! En plus, c’est une vraie ferme à ciel ouvert. On y retrouve en liberté : porcs, poules, chevaux, veaux, chiens, chats, bœufs, moutons, etc. La ferme à Maturin y est présente!

Ushguli est magnifique avec ses vieilles tours. Par ailleurs, il est considéré comme le village le plus haut d’Europe – si la Géorgie fait partie de ce continent – qui est habité en permanence. Il est niché dans les montagnes à quelques 2 100 mètres d’altitude. Nous sommes chanceux que la température soit encore de notre côté! Les derniers rayons du déclin du jour font rayonner les tours et le colossal mont Skhara qui s’exhibe sous ses plus beaux habits blancs. Ce soir-là, nous nous payons un « petit luxe » et nous dormons dans un guest house d’habitant en souhaitant extirper de notre corps toute saleté accumulée depuis 5 jours de camping. Nous attendons l’électricité qui devait se pointer vers 19h30. Puis, elle ne vient jamais. Le lendemain matin, ce sera à l’eau de source glaciale que je me laverai les cheveux à m’en donner des spasmes de crâne, un vrai martyr. C’était ça ou la puanteur qui était toujours d’accord pour occuper notre corps d’intrépides campeurs!

Après notre épisode corporel glacial, nous attendrons 6 heures, postés sur le bord de la route, pour dénicher un Jeep voulant bien nous ramener à Mestia. Au moins, si nous avions eu le choix! Aucun Jeep se rendant à Mestia à l’horizon! C’est finalement la police locale qui nous a pris sous son aile – ou plutôt dans sa boîte de pick-up – pour nous rapatrier au bercail avec un couple de Polonais et un autre d’Israéliens. La police a conduit à toute allure près du gouffre nous laissant comme souvenir des ecchymoses dans le dos. Au moins, l’hospitalité était là et le transport, gratuit! Vive la police svan! En chemin, nous croisons une bécane qui était en panne depuis deux jours. Fiable, la police a décidé qu’il n’y en avait pas de problème : elle a attaché l’engin avec un câble et l’a traîné sur plusieurs kilomètres de terre poussiéreuse jonchée de nids-de-poule. Si le moteur n’allait pas, la suspension ne devait pas aller très bien après tout ce bordel! La voiture a craché, a toussé, a pétté, a été poussée, R-I-E-N! La police l’a donc laissée sur le bord du chemin en souhaitant probablement « bonne chance » aux mecs et elle est repartie en trombe vers Mestia pour nous laisser 100 mètres avant la ville sur le bord du chemin, question d’être considérée comme une police modèle qui ne commet jamais d’entrave.

Bref, en Svaneti, les habitants sont loin de posséder tous les bidous de la Terre, mais ils ont une de ses portefeuilles illimités de dévouement, d’entraide et d’accueil ébahissant pour leurs pairs et nous, les petits touristes. Vraiment, ce ne sont que des souvenirs mémorables que nous conservons de cette région pétrifiante!

– La pseudo-svan, Karine

A VOIR: Album photo de Svaneti


4 commentaires

  1. Sébastien

    Un vrai paradis la Svaneti. J’aimerais bien être là avec vous… Merci! Séb

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  2. Diane

    D’après les récits de votre séjour en Georgie, je me réjouis pour vous deux de tous ces beaux humains rencontrés en chemin, de tous ces merveilleux paysages que vous avez admirés, respirés et bien engrangés dans votre mémoire de preux gambadeurs.
    Les photos me parlent beaucoup.
    Pour moi, l’oeil est de loin le plus sophistiqué des appareils photographiques. Pour quiconque vous connait un peu, le choix des clichés porte bel et bien votre signature.
    Merci de partager
    Mom XXX

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  3. Claude

    Karine you seem to bring out the best in people. In all my years I am still waiting for a stranger to pick me up and buy me a beer. Perhaps your Russian boyfriend could allow you to travel with me for a try! Thanks for sharing your journey.

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  4. Alex

    Wow, merci de ce moment d’évasion! Toujours aussi présent de vous lire, pis en passant, moi aussi je pensais que Rotch était Russe…depuis tout ce temps!

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