Anakao

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Mis en ligne le02 Fév 2012 dans 12-Madagascar

Hey vous autres,

Est-ce que vous vous les geler comme il faut là?

Pour vous changer les idées un peu, quoi de mieux qu’une petite séance de plage sur cette île sanctuaire.

Depuis les derniers jours, le vent soufflait avec une furie impérieuse. Ça faisait une escousse qu’il n’y avait pas eu de cyclone dans le canal du Mozambique et nous avons subi les restes de la queue.

Pour se rendre à Anakao, le meilleur moyen était le bateau. Nous avons su au dernier moment qu’il partait ce matin-là. Il s’était passé une semaine sans que le bateau n’ait pu faire la liaison, dû à la mer déchaînée. Nous avons traversé la berge-dépotoir et à l’aide d’une charrette à zébu, nous avons pu monter sur le bateau. Même ce jour-là, la mer offrait une longue houle, des vagues d’une dizaine de pieds. C’était la seule embarcation qui a pris la mer ce jour-là alors qu’habituellement, des centaines de pirogues à voile vaquent à leurs activités de pêche ou de transport. Il y avait un petit rapprochement avec la Basse-Côte-Nord du Québec par l’isolement, le franchissement d’un grand fleuve et le passage près d’une ville nommé Saint-Augustin. Malgré tout, nous ne nous sentions pas autant au bout du monde que sur la Basse-Côte-Nord du Québec.

Le débarquement à Anakao a été sportif dans les vagues inhabituelles et nous nous sommes échoués dans un petit bungalow. Nous avons ensuite eu la belle surprise de retrouver Alice et Bastiaan, ce couple sympathique également en tour du monde que nous avions rencontré au parc de Ranomafana. Ils nous ont racontés qu’à cause du cyclone, ils ont été bloqués dans la tempête pendant une semaine.

Le lendemain, j’ai tué une dizaine de coquerelles et nous nous sommes relaxé avec la bonne bouffe de crevettes, de crabe, de cigales et de langouste. Puis, le troisième jour, la mer était assez bonne pour aller caboter en pirogue à voile. L’avant-midi, nous marchions sur l’île de Nosy Ve et faisons un peu de snorkeling pendant que les pros du harpon récoltaient les poissons tropicaux pour le dîner. Nous avons répété cette activité pendant trois jours tellement c’était agréable.

Jean, notre guide piroguier, pêcheur au harpon et cuisinier de succulents poissons.

Il faisait si chaud sur l’heure du dîner que nous avions beau se pencher, nous ne faisions pas d’ombre. Seuls quelques arbres sans feuillage donnaient une dentelle d’ombre. Heureusement, nous avions la galerie du bungalow et son hamac!

Les deux derniers soirs, trois Français de notre âge sont venus souper à notre restaurant (où nous étions les seuls) accompagnés de jeunes filles malgaches. Le premier soir, nous leur avons donné le bénéfice du doute, mais le deuxième soir, il était très clair qu’ils s’adonnaient à du tourisme sexuel. Un dangereux copinage qui nuit beaucoup aux locaux. Bien que les commerçants soient quelques peu coincés dans ces pratiques, il n’en demeure pas moins que nous trouvons ça très désagréable!

Le dernier jour, alors que nous revenions en bateau, nous étions tristement jumelés avec ces adeptes de la guidoune et nous étions en beau courroux. À Tuléar et dans la région, plus de 75% de la cinquantaine des touristes croisés étaient accompagnés d’une jeune Malgache, souvent de la moitié de leur âge. Trop de papy-boomer et de michetons en quête de séances de frotti-frotta. C’en était trop. Karine a pris son courage à deux mains et sans doute sa détermination avec la troisième! Soutenue par moi dans sa démarche, elle est allée dire aux trois gars sa façon de penser sans équivoque : « Vous savez les gars, je suis contre le tourisme sexuel ». Ce fut le choc!

Pour mettre en contexte, nous étions alors en train de débarquer du bateau et les trois Français étaient accompagnés de leurs putes dans la charrette à zébu. Suite à la franchise et à l’indignation de Karine, le premier des gars a baissé la tête, le deuxième a ignoré la remarque et le troisième a perdu les pédales. Comme réaction instantanée, il a tenté de cracher au visage de Karine, mais son mollard a abouti dans les cheveux d’une des escortes douteuses. Il a injurié Karine de toutes sortes de jurons français. Cibole de maudit wabo! Le chior a pogné, il nous a dit qu’il nous attendrait sur le « quai ».

Dans le bateau, nous étions également avec Émile, le propriétaire de l’hôtel « Chez Émile » où nous avions dormi. Il a tenté de calmer les choses en nous soutenant, mais le wabo et les pétasses étaient hors de leurs souliers. Sans doute la honte qui faisait surface chez l’homme habitué de se faire ignorer dans ses pratiques malsaines. Les putes, qui tentaient de protéger l’intérêt commercial de leur pratique, criaient à Karine les meilleurs mots de français qu’elles connaissaient.

Nous savions que la partie était déjà gagnée, mais il fallait assurer la sécurité physique et être en mesure de quitter les lieux indemnes et avec nos gros sacs.

La foule d’une cinquantaine de passants, de chauffeurs de pousse-pousse, de taxis et de commerçants ont assisté aux violences de ces gens désemparés. Le Français fou braque a même réussi à approcher Karine pour la pousser avec ses deux mains sur ses épaules! Karine en a même perdu ses lunettes de soleil à jamais dans la foule. J’ai dû alors maîtriser rapidement ce gros sans dessein en le repoussant fortement et en lui disant de se calmer. Pendant ce temps, les folles donnaient des petits coups à Karine qui a réussi à garder son calme malgré le cœur qui battait à 100 à l’heure. En fin de compte, l’un des gars qui avait gardé son sang froid depuis le début a dit à Karine : « Ce n’était pas très gentil ce que tu as dit », mais n’a jamais défendu les propos de son violent acolyte. Heureusement, nous avons réussi à payer le bateau et à prendre un taxi avec Émile qui comprenait notre point de vue.

Karine a été très courageuse de ne pas baisser les bras et de faire comme la grande majorité des gens, c’est-à-dire d’ignorer ces pratiques malsaines. Indignez-vous comme ils disent! Ce matin-là a été le plus mouvementé du voyage et après avoir décompressé, Karine était très fière d’elle. Elle m’a aussi confié que pour garder son calme, elle avait continuellement pensé à Gandhi et à sa volonté d’action dans la non-violence.

CQFD (ce qu’il fallait dénoncer).

Tenez vous bien,

– François

À VOIR : Album photo d’Anakao


16 commentaires

  1. Alice et Bastiaan

    Slt François et Karine,

    c’est super de lire que vous allez bien et que Jean a réussi a vous faire partager un super experience! On a eu de la chance car on a trouvé un 4×4 pour aller de Anakao à Tana afin d’éviter le taxi-brousse. Par contre on a encore eu des problèmes avec les avions, ça n’arrete pas! On vous souhaite encore beaucoup de belle rencontre! On espere vous voir en Colombie dans quelques mois, en attendant on vous suit!

    Bisous Alice et Bastiaan

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    • Salut les tourtereaux. Super d’avoir de vos nouvelles. Oui Jean était bien gentil et ils étaient des pris du harpon. J’ai même pas tenté ma chance au harpon quand j’ai essayé de plonger aussi creux et aussi longtemps c’tait juste trop intense!

      Alors pas de chance avec les avions pour vous… Vous avez pensé à la pirogue à voile pour vos autres déplacements?

      bonne chance au pays du futebol. On vous suit sur votre site.
      PS: nous irons au Chili-Argentine finalement à partir de la mi avril!

      À+

      François et Karine

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  2. Louis

    Wow, bravo! Je suis sans mot

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    • Yeah! Faut avouer qu’elle a du cran la belle-sœur

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  3. Roger LaFringale

    Good move Karine! ¡Hasta la victoria siempre!

    Je suis fier de ce que tu as fait. On peut parfois se mériter des insultes, injures ou même des coups mais je crois que se tenir debout devant ses convictions est une chose noble et digne. Pierre Falardeau le disait, il faisait de la boxe. Il mangeait des coups, il en donnait, il fallait savoir se défendre et savoir encaisser. Je sais de quoi je parle et en écrivant ces lignes tu as peut-être une idée de ce à quoi je fais référence.

    Garder son sang froid et rester zen dans de telles situations relève d’un contrôle total de ses émotions. Le crétin qui a perdu les pédales n’était pas tout à fait en contrôle et le fait que tu n’aies pas embarqué dans son jeu l’a probablement énervé encore plus. Tu as gagné dès le début la lutte psychologique.

    Bref…tu as fessé fort. Bravo. Ce ne sera peut-être pas ton plus beau souvenir de voyage mais certainement le plus fort en émotions et le plus beau au niveau de la moralité et de l’éthique.

    Sur ces bonnes pensées, bonne suite dans votre voyage et attention à vos baskets!

    Désolé, je dois y aller pour me faire photographier pour la prochaine boîte de conserve de maïs 2 couleurs.

    Le géant vert

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  4. Odile

    Bien joué, Karine ! Bravo François !
    Prenez soin de vous quand même

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    • Merci Odile et vive les gentils Français 🙂

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  5. Denise Boissé

    Bonjour ma belle Karine,
    En temps que femme je te dis bravo pour avoir su prendre position devant un tel fléau. Bravo à toi aussi François pour supporter ta douce dans ses opinions, même si c’était risqué pour elle. Avec des personnes comme toi Karine y a encore de l’espoir. J’ai toujours autant de plaisir à vous lire tous les deux. Vos photos sont toujours aussi belles.

    Je vous embrasse tous les deux et à la prochaine lettre.

    Ma tante Denise XOXO

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  6. Lyne Lemieux

    WOW quel endroit, comme j aimerais me trouver avec vous sur cette plage.

    Karine je comprend tres bien que tu veuilles dénoncer mais fait attention, tu ne sais pas a qui tu as affaire, il y a des fous partout. Je tiens a te revoir saine et sauve. Je suis tres fière de tes belles valeurs.

    Vous etes beaux et resplendissants sur vos photos. Quelle joie de voir ces belles photos et de pouvoir lire ces beaux récits.

    Je vous embrasse fort xxx

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    • Merci mom pour tous tes gentils commentaires, c est toujours le fun d avoir de tes nouvelles, on aime te lire! Oui, oui, c est une histoire de fous dans tous les sens, mais bon, tu me connais, moi et mes convictions! On va faire attention, pas trop de folies; promis! 😉
      On t embrasse fort aussi,
      Karine xx

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  7. Hélène dallaire

    Chapeau Karine, si plus de gens avait.le courage de dénoncer on viendrait peut-être à bout de ce fléau.

    Je t’admire d’avoir eu le courage de défendre tes convictions.

    Fais tout de même attention, y a malheureusement tellement de fou furieux en ce bas monde.

    Je suis toujours votre périple avec autant d’intérêt

    Salutations cher François
    Bises à vous deux xxx

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    • Salut Chère Hélène du Nord. Merci de continuer à suivre nos petites histoires de butineurs.

      Oui Karine à été très brave. Une chance, ça s’est quand même bien fini.

      Nous t’envoyons nos meilleurs pensées ce soir en direct de Kuala Lumpur au cœur de la jungle urbaine.

      François et Karine

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  8. Gilles

    Bravo!
    Nous sommes fière de vous, prendre position démontre bien que vous croyez à l’amour et à la sexualité comme un animal. Karine, tu es le genre de personne que le Seigneur prend avec son équipe.

    Merci de votre courage. Nous prions pour vous. Nous vous aimons et assurons de toute notre amitié.

    Gilles et Johanne…Wow…quel caractère!

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    • Bien le bonjour Gilles, oui Karine a eu une bonne dose de courage pour passer à l’acte et s’affirmer devant ces inconnus. Des fois on ressent une force en-dedans pour accomplir de tels actes et il faut suivre l’instinct. Heureux que ce soit bien terminé. Merci de ton appui, salutations à ta famille. François

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  9. Cheikhou

    Bravo Karine et merci pour ton noble combat. Bravo Marco pour avoir défendu ta Karine. Vous êtes des héros à mes yeux. Que Dieu vous protège!

    Salut

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    • Merci Oumar. Nous venons de sortir de l’Afrique après ces trois mois. Je crois qu’on aurait pas mal d’histoires à se raconter autour d’une bonne portion de crabe! Pas facile de constater l’exlpoitation de gens et de ressources de si près. Porte-toi bien et lâche pas la patate!

      Marco

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