Tariat et le lac blanc

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Mis en ligne le17 Août 2011 dans 02-Mongolie

San Beno de la Mongolie!

Nous revoilà au cœur des steppes! Mais pour s’y rendre, il a fallu développer une grande patience mongole. En Chine, nous courrions d’une place à l’autre, car l’efficacité des transports nous le permettait mais en Mongolie, c’est le mode relax qui s’impose. Même si nous voulions nous dépêcher, le rythme de vie mongol et les moyens de transports nous freinent d’aplomb. Vaudrait mieux se téléporter ou prendre le cheval en tout temps, ça irait plus vite. De un, il n’y a presque rien d’ouvert dans ce pays-là, de deux, les routes sont rares et souvent en terres lamentables. La plupart sont en fait des pistes, des sortes de trails comme pour du VTT ou carrément inexistantes car les Mongols se promènent dans les steppes verdoyantes en petite voiture! Ceux qui angoissent lorsqu’ils se sentent nulle part, oubliez la Mongolie, optez pour la Chine!

Bon, mettez 8h de bus entre Oulan-Bator et Tsetserleg avec un bris mécanique. Nous avons été obligés de monter dans le prochain bus, déjà bondé, et de se compacter en sardines. Rendus à Tsetserleg, capitale de l’airag d’Arkhanghai et habitée par 18 000 habitants, c’était un petit pueblo! Nous avons dormi un peu à l’extérieur du village et nous avons rencontré un grand voyageur français, Éric, qui est parti un an sur le continent asiatique et qui a déjà largement fait le tour du monde. Nous en profitons pour le bombarder de questions. Le lendemain, nous partirons à l’aventure avec lui en petite voiture, négociée à bon prix et chauffeur et son ami inclus, à travers les semi-routes mongoles vers Tariat. Nous mettrons 5 heures et une crevaison pour atteindre un minuscule village sorti tout droit d’un film western.

Après avoir mangé notre dose de mouton, nous entreprenons une marche de brunante pour se rendre au lac blanc, appelé Therkhiin Tsagaan Nuur en mongol – vous préférez donc vous en tenir au nom français -. Chanceux, nous serons pris en Jeep par une dame mongole qui nous permettra de planter nos tentes près des yourtes qu’elle loue sur son terrain au sud du lac. Et ce, gratuitement! Génial! Ce soir-là, nous avons admiré un coucher de soleil formidable!

Le deuxième jour, nous faisons la farniente et nous contemplons les canards du lac qui volent tout près au-dessus de nos têtes. L’endroit est magique avec les yaks, les chevaux, les moutons et les chèvres qui broutent partout en liberté. Lorsque nous voyons des troupeaux, nous nous demandons toujours à qui ils appartiennent. Mais les Mongols le savent, eux. Le soir, le cavalier mongol enfourche un cheval au hasard, mi-domestique et mi-sauvage, et va chercher son troupeau, peu importe où il est rendu et le ramène plus près de la yourte. Quelle vie exquise pour ces animaux! Au moins, la viande de mouton et le plein de gras que nous mangeons n’a pas été stressé ou boosté aux hormones dans sa défunte vie.

En après-midi, nous grimpons un sommet dans les montagnes avoisinantes, pour avoir une vue d’ensemble sur la vallée et le lac. C’était réellement beau! Le calme, le peu de végétation et l’état sauvage nous rappelle quelque peu la Basse Côte-Nord du Québec. Pas de route officielle. Peu de monde. Présence d’une grande paix. Ben des mouches.

Le troisième jour, nous poursuivons nos activités de paresse et d’observation. Nous sommes maintenant très bien adaptés au rythme de vie mongol: très lent. Nous faisons une tentative de pouce (ou plutôt d’une main qui agite de haut en bas) pour se rendre au village de Tariat. Sans succès, deux Jeep bondés. Et puis, tant pis! Nous revenons tranquillement à travers les troupeaux de yaks, de chèvres et de chevaux. Le ciel est bleu, il n’y a pas de vent. Le lac miroite de toute sa splendeur.

La nuit passée, Éric nous a dit que de gros yaks sont venus brouter entre nos tentes. Cette nuit, nous souhaitons être bien tranquilles et demain nous réveiller avec le bruit des canards et des grues qui passent tout près. Vaut mieux ces oiseaux que les ruminants qui bavent sur nos tentes!

Spatule blanche, Platalea leucorodia, Eurasian Spoonbill, Mongolia

Le quatrième jour, nous nous préparons à notre expédition de cheval. Le but est de se rendre de l’autre côté du lac. Avant de partir, nous dégustons un bon yogourt de yak (avec bien du sucre) confectionné par la famille mongole chez laquelle nous avons posé nos tentes. La grand-mère est fort sympathique et son yogourt artisanal est un vrai délice. Cette famille est très gentille et nous cuisine d’excellents repas mongols. Chaque soir, ce sont des nouilles maison, du mouton et du thé au lait de yak  qui nous sont servis. Mais, il va s’en dire que tout est vraiment très bon (pour de la cuisine mongole, on s’entend).

Fin de l’intermède culinaire mongol, revenons à nos chevaux. Notre guide, Pasca, arrive fringant en moto vers 11 h. Il prépare les selles sur les chevaux. Le dernier qui sera mis en laisse panique et hénnit très fort. Le guide enlève la selle et en prend un autre qui ne semble pas plus tolérant. Je vous le répète qu’en Mongolie, les animaux sont libres et que ceux-ci ne font que manger de l’herbe toute la journée, alors travailler pour eux… Bref, il se trouve que ce cheval m’est attribué sans que je puisse négocier. Nous partons et notre guide tient mon cheval en tout temps par une corde et nous n’avançons qu’à la marche, pas question de petit trot. François, libre avec son cheval, se fait avertir de ne pas tenter de courir et de rester le plus près possible du guide. De toute façon, son cheval bave tout le temps et émet des sons très bizarres. Plus tard, lorsque son cheval apercevra un camion, il bondira dans une pente abrupte pleine de cailloux et galopera soudainement, laissant François assez hébété. Le mien, toujours en laisse avec le guide, fera deux tentatives de fuite – pendant que je suis dessus – en accélérant très vite. Ces chevaux sont étranges! Nous comprendrons assez vite qu’ils sont davantage sauvages que domptés et que ce n’est pas avec notre peu d’expérience cavalière que nous les dompterons! Tant pis pour le rive nord du lac! Annulée. Traumatisés par l’imprévisibilité de ces grosses bêtes, nous préférons revenir au camp en entiers plutôt qu’en morceaux. Vaut mieux poursuivre le voyage avec tous nos membres. De toute façon, la santé de notre guide n’allait pas très bien. Revenus au bercail, une fièvre a débuté et nous avons dû le soigner aux Advil, car la grand-maman nous demandait des médicaments. Hé oui! Nos médicaments ont su remettre sur pieds un guide mongol du fond des steppes! Ça alors! Pas besoin d’un chaman, deux Advil et tout est réglé!

Le cinquième jour, nous partons tôt vers Tariat pour explorer le volcan dans le parc national du Khorgo Terkhiin Tsagaan Nuur – n’essayez pas de le prononcer – ou du lac blanc. Pourquoi le lac blanc? C’est qu’il est gelé de septembre à mai. Ça ne surprend pas. Les deux dernières nuits, il a fait froid, assez pour que du givre se forme sur le toit de la tente! Sur-le-chemin-de-terre-qui-fait-office-de-route, nous avons arrêté une vanette pour nous conduire à Tariat. Le chauffeur n’a jamais accepté l’argent. Il faut mentionner que ce ne sont pas les Mongols qui en détiennent le plus. Ce geste témoigne de la grande générosité des habitants de cette terre sauvage et rude. Arrivés à Tariat, nous avons marché un peu plus de 10 km aller-retour pour observer le volcan. En haut, un petit garçon était tranquillement assis avec son aigle dompté. C’était fascinant de le voir! Nous avons succombé à la tentation et avons pris l’aigle dans nos bras. Bah! Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons observer ce grand oiseau de proie et encore moins de le prendre!

Le volcan est magnifique, mais très âgé donc inactif. Sa profondeur est d’environ 200 mètres, un vrai trou! Pour un volcan mongol – il n’y en a presque pas dans ce pays-là -, il était fort sympathique! Nous avons marché la moitié du cratère et nous sommes redescendus en plein champ de charbon hors piste. Les roches volcaniques glissaient sous nos pieds. Il fallait avoir de l’équilibre pour maîtriser la descente! En bas, François a trouvé de l’échalote sauvage et en a mangé plusieurs. Elles étaient fortes, mais à force d’ingérer du mouton et des pâtes, notre corps demande de la verdure!

Lors du retour au campement, une camionnette s’est arrêtée et les conducteurs nous ont fait signe de monter dans la boîte où se trouvaient déjà trois hommes. Rapidement nous avons bien vu qu’ils étaient saouls! Ils nous parlaient mongol comme si nous avions parlé cette langue toute notre vie. Nous essayions de baragouiner les seuls mots que nous connaissions et ça les faisaient bien rigolé. Ils nous offert de la bière chaude (tablette) en grand contenant brun de 2 litres. Nous avons refusé bien sûr. Le pire dans tout cela, c’est que le troisième gars, nous lui avons jamais vu la face! Couché la face contre terre, il était inerte comme un cadavre. Ayoye! Le réveil sera infernal! Les gars disaient être allés à la pêche, mais nous savions bien ce qu’ils avaient fait tout l’après-midi! (Cannes à pêche: présentes. Poissons: absents. Grosses bières: présentes.) En plus, ils nous ont dit rapporter du “mongol juice” à leur village. Encore là, nous savions bien que ce ne devait pas être du jus d’orange pour enfants. Ah! Les Mongols! Si gentils, mais la plupart ont réellement un problème d’alcool! Quand ce n’est pas du lait de jument fermenté, c’est le 2 litres de bière ou la vodka. De tristes scènes parfois! Mais le pays et les habitants sont tout de même merveilleux.

Du yaourt dans la yourte. Nous voici assis du côté des invités, à gauche, avec deux autres sympathiques Français rencontrés au lac blanc, Marie et Régis. Eux aussi débutent un tour du monde, voici leur blog pour les curieux: www.sale-gosse.com. Merci Éric pour cette belle photo souvenir.

La sixième journée, nous prenons un Jeep puis une voiture de nuit pour retourner à Oulan-Bator. Nous avons passé la nuit collés sur le banc de voiture à l’arrière, car nous étions quatre! Disons que la sieste fut courte! Et je serai malheureuse prise d’un tsunami digestif à l’arrivée en ville à 4 h du mat. Ouais, le premier du voyage! N’en parlons plus!

Notre séjour en terre mongole s’achève. Les forêts de la Sibérie nous attendent. Allez hop, nous avons un train à prendre.

Bayartai (au revoir),

– Karine

A VOIR: Album photo de Tariat et le lac blanc


8 commentaires

  1. Marie-Line

    Les photos sont sublimes, magnifiques, je ne trouve pas d’adjectifs pour le dire!!! C’est agréable de vous lire!

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  2. diane rocheleau

    Entre deux valises, puisque je poursuis demain la deuxième partie de mes vacances, je suis venue une fois de plus me régaler de vos récits. L’aigle m’impressionne…sur votre bras…si proche Wow !
    Merci pour ce séjour en Mongolie, pays dont on entend si peu parler
    Full bisous Mom XXX

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  3. Dolorès

    Salut Karine,

    Je reviens de vacances et c’est avec joie que je lis tes chroniques afin de me mettre à jour sur votre magnifique voyage. C’est un plaisir de te lire à chaque étape. Vos photos sont merveilleuses.

    Passez du bon temps. C’est agréable de pouvoir faire de merveilleuses découvertes avec vous.

    Je suis impatiente de lire la suite.

    À +

    Dolo

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    • Karine

      Salut Dolo,

      Contente d’avoir de tes nouvelles! J’espère que les vacances ont bien été et que tu as pu profiter du temps avec tes enfants et les petits!
      Ouf! Le travail recommence bientôt, je pense à toi et à l’équipe.

      Merci pour tes bons commentaires pour nos chroniques, ça fait plaisir à entendre!

      Bonne rentrée! 🙂

      Karine xx

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  4. Louis

    Salut les copains, je vais regarder encore et encore vos photos de ce magnifique pays complètement hors de l’ordinaire. Merci encore pour toutes ces aventures, vos récits sont délicieux. Que la chance soit avec vous pour la traversée vers le mythique Baïkal et les forêts sibériennes!

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  5. Lyne Lemieux

    Quel courage mais quelle belle histoire mémorable, c est fascinant de vous lire et les photos, c est comme dans le national géographic. J ai toujours hate a la suite…

    Lynexx

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  6. gilles

    Courageux, extraordinaire, fascinant que de beaux mots, nous vous avons un OUF pour les chevaux sur internet avec st-google, mais trouver personne pour le gérer, alors ce sera une prochaine tentative lorsque nous trouverons une personne responsable qui voudra bien suivre ce dossier- Hi-Hi-Hi…

    Nous dévorons votre voyage et chacun de vos commentaires sont appréciés.

    Merci mes ami(e)s Karine et François.

    Quel courage!

    Gilles et Johanne.

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    • Francois

      Bonjour Gilles!
      Merci de ton attention, oui ça aurait été un beau cas de OUF ces chevaux! Je me demande bien si la cause fondamentale serait la procédure ou le bon outil héhé.

      La Russie c’est pas mal, une belle surprise, je ne savais pas tellement a quoi m’attendre. Moscou est une ville splendide et élégante. C’est la capitale des coupole en forme de bulle, il y a des cathédrales très impressionnantes et on a vu beaucoup de mariés qui se faisait prendre en photos un peu partout dans la ville. Vont-ils nous convertir au christianisme orthodoxe, c’est une autre question?

      J’espère que toi et Johanne allez bien, que tu as profité de tes vacances et que l’Ouragan Irène vous épargnera un peu.

      A bientôt, François

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