Milford Track

Gidday across the ditch!

Ça vous dit de vous délier les jambes avec nous? Sweet!  Nous partons pour une des randonnées à pied les plus prisées du monde : La Milford Track. Cette excursion nous est présentée comme l’une des plus fameuses. Les Anglais la décrive comme : The finest walk in the world. Rien de moins. On sent déjà des papillons dans les orteils. Vous aussi?

Côté logistique, peu de gens peuvent faire cette marche limitée à 40 personnes par jour. On ne peut compléter les 4 jours et 3 nuits prévus que dans une seule direction et on doit absolument dormir dans des refuges; le camping y est interdit. Il faut réserver la marche jusqu’à 6 mois d’avance, ce que Neilson a fait l’automne dernier. Mille mercis à Neilson et Yanick qui nous a mis en contact aussi tôt.

Nous laissons Kiki (campervan de Neilson et Bianca) sur le bord du lac Te Anau avant de prendre un bateau qui nous mène au début de la piste. Commençons par le commencement.

Le premier jour, nous n’avions qu’une heure trente de marche à faire en fin d’après-midi. Comme se sera notre habitude, nous fouinerons un peu partout en route et arriverons dans les derniers au refuge. Dès le départ, nous avons pu apercevoir des cours d’eau d’un vert translucide, des gros poissons et des écosystèmes variés.

Le soir, nous jouons au toc en équipe avant d’être amorti par le hut talk soporifique de Ross, le warden. Ross est un grand slack septuagénaire de six pieds et trente pouces qui semble avoir été balancé au fond des bois par une cigogne. Son discours sur la sécurité, la faune et les anecdotes de la piste nous captive tout en monopolisant la soirée d’une audience majoritairement kiwi. Il faut croire qu’ici aussi, les gens du pays sont des gens de paroles et de causerie.  

Le lendemain, le temps est clément et nous repartons en vagabondage après s’être délié les hanches au hula hoop. Les rivières sont tout aussi belles. Bianca et son homme prennent de l’avance.

Nous les rattrapons sur l’heure du dîner alors que Neilson n’en peut plus de voir des poissons. Il faut dire qu’il possède le permis de pêche en règle, mais que tout son équipement est resté dans l’auto. Nous n’étions pas au courant que cette randonnée offrait autant de possibilités halieutiques. Mais ce n’est pas ça qui arrête notre homme débrouillard. Il a habilement assemblé une canne à pêche maison avec ses bâtons de marche, des lacets de botte et une épingle à couche comme hameçon. À notre arrivée, nous voyions déjà plusieurs belles grosses truites près des appâts. L’une d’entres elles a même mordu, mais sa tentative a échoué. Puis, nous avons raffiné la technique en essayant avec d’autres lacets, un leurre avec du papier d’aluminium et d’autres appâts sortis de nos lunchs ou du dessous des rochers. Alors qu’il attendait la truite, l’une des anguilles qui rôdaient dans les parages s’est laissée tenter. Neilson peut se targuer d’avoir réussi à sortir une belle grosse anguille d’eau douce!

Cette espèce d’anguille est native de Nouvelle-Zélande et peut vivre jusqu’à 70 ans! Comme c’est un poisson protégé, il l’a gentiment remis à l’eau. Le bruit a couru que nous pêchions l’anguille parmi les marcheurs ce qui a causé quelques émois, mais rien de sérieux. Après un bon deux heures de patience à regarder les truites tournailler autour des leurres et appâts multiples, nous avons dû nous résigner, c’était un échec patent qui nous a bien amusés.

La fin de l’après-midi a été marquée par la traversée de forêts denses et humides où les fougères règnent. Par certains endroits dans le fiordland, il y tombe 7 mètres de pluie par an!

Ce soir là aussi,  les babines ont suivi les bottines dans un hut talk à n’en plus finir. La prolixe warden doit manquer définitivement de contacts sociaux au fin fond des bois. Nous marquons toutefois une note particulière pour son enthousiasme inouï face aux torrents de pluie à venir et pour son imitation du cri de la femelle kiwi, déluge de crachat tout compris. En privé, la warden a aussi expliqué à Neilson les règles officielles de la pêche dans le parc. À cause d’une algue nommée didymo, tout est plus compliqué depuis quelques années. Nous nous sommes endormis plus vite qu’on ferme la lumière.

Il a plu comme prévu toute la nuit et nous sommes partis à reculons pour le troisième jour. Après quinze minutes, nous étions détrempés de bord en bord. Nous avons gravis des sentiers zigzagants parsemés de traquenards installés pour faire la peau à l’opossum, belettes et autres genres d’hermines qui nuisent énormément à l’avifaune native. En milieu de journée, nous atteignons la Mackinton Pass, le plus haut passage de la marche. Le temps grisâtre s’améliore, mais il fait quand même frette à rendre les doigts gourds. C’est humide à vous pomper  la roupie du nez. Rien pour empêcher de faire une belle bascule à Neilson dont c’est l’anniversaire!

Heureusement, le temps change vite comme la pensée, il fait déjà un ciel radieux! Il n’y a que le changement qui ne change pas. Nous redescendons dans un nouveau bassin versant admirant quelques belles chutes, dont la plus grande de Nouvelle-Zélande : la chute Sutherland. Arrivés au refuge, nous avons évité les palabres et sparages de la loquace warden  en nous faufilant sur le bord de la rivière avant le début du discours. Il fallait bien fêter en règle notre compagnon de route. Pour finir la soirée, nous avons puisé dans nos dernières victuailles pour se faire de sapides pâtes au fromage bleu et une fondue au chocolat. Je sais, on mange de la misère, ce n’est pas croyable! La lumière de la salle à manger s’est soudainement éteinte, c’était l’heure d’aller se canter.

Nous étions un peu frippés le lendemain matin pour parcourir le dernier 18 km de plain-pied.  Arrivé à un pont suspendu, Collin le Bostonais lance en l’air un défi à Neilson : qu’il le suivrait si Neilson sautait en premier dans la froide rivière. Il n’aurait pas cru qu’un gars du Lac pouvait rater une telle occasion! Alors, ils ont sauté tour à tour, puis deux Françaises de passage n’ont pu résister avant que je termine le bal des sauts avec Bianca. Un bon réveil!

En fin de parcours, les sandflies sont réapparues. Ces vilains moustiques sont une vraie plaie. La capitaine Cook les décrivait comme le pire animal qu’il n’ait jamais rencontré. Mais ça mon James, c’était avant l’invention du DEET. Nanananah! Puis, un bateau est venu nous chercher, nous avons revu Milford Sound par beau temps et Henri nous attendait patiemment à l’hôtel. Tout est bien qui finit bien. C’est ça qui est ça, que voulez-vous!

Belle marche n’est-ce pas? Allez reposer ces jambes maintenant.

Partant pour un fish and chips à la popote roulante?

Best of luck,

–  François

À VOIR : Album photo de Milford Sound Track


3 commentaires

  1. Bernard Lemay

    Bonjour a vous, Ce sera tres difficile de ne pas vous ennuyer lorsque vous serez de retour je gage.
    Merci pour les belles interludes dans ma vie
    Bernard

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    • Salut Bernard
      Content de savoir que ça te plaît toujours! T’es rendu où là?
      On revient dans 2 mois, avec tout le brassage politique au Québec je sais pas si on va s’ennuyer ou bien si se sera devenu une société anarchique… Porte toi bien, à date ce qu’on voit de la Patagonie, ça promet aussi pour de belles intermèdes! Bonne route
      François

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  2. Diane

    Ne me dites pas que vous n’avez pas vu d’elfes…je ne vous croirai pas
    Ravissant! renversant! magnifique! Quel quatuor…des virtuoses de la nature
    Quel récit inspirant,
    Merci
    Mommy xx

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