10-Éthiopie

Parc national des monts Siemen

Mis en ligne le 05 Déc 2011 — par Karine
Category 10-Éthiopie

Salam!

Vous êtes écœurés de la gadoue hivernale? Vous avez déjà hâte de revoir le soleil? Un petit séjour en altitude s’impose alors. Venez avec nous découvrir les monts Siemen en Éthiopie! Soleil et climat sec assurés!

Après nos premiers pas en terre africaine à Addis Abeba, au Lac Tana et à Gonder, nous voilà fin prêts à tenter le yable dans les monts Siemen, parc national inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. De la ville de Gonder, nous refusons un tour organisé pour essayer de trouver meilleur marché dans le village près des montagnes, soit Débark.

Avant de partir aux monts Siemen, nous avons fait la connaissance d’un gamin curieux qui rôdait autour de notre tente à Gonder. Nous lui avons montré les rudiments du camping et lui avons fait essayer notre nouvelle pompe à eau! Il a bien aimé le petit!

Nous prendrons donc le bus local de Gonder à Débark le lendemain. Après une interminable route de cailloux, qui durera 5 heures pour faire 100 kilomètres, dans un autobus local avec toutes sortes de villageois sympathiques, mais sentant le lait de chèvre suri, nous arrivons au village désiré. La partie ne fait que commencer puisque les employés du parc ne seront pas d’une très grande aide pour planifier le trek. Les prix demandés pour obtenir une Jeep pour aller et revenir à divers campements sont trop élevés à notre goût. Heureusement, nous rencontrons deux Français, Julien et Jean-Philippe, qui travaillent au Gabon et qui sont en vacances en Éthiopie. Ils ont un chauffeur privé et veulent bien nous transporter jusqu’au Sankaber camp le lendemain. You-pi-dou!

Nous rencontrons aussi notre scout, un « gardien » armé qui est obligatoire pour entrer dans le parc. Celui-ci doit veiller sur nous pendant notre randonnée. Nous refuserons les services du cuisinier et du guide. Le scout ne parle peut-être pas anglais, mais il connaît bien les sentiers. Le parc nous désigne Bocat, un local sympathique et timide. Il a un sourire magnifique, un caractère docile, un visage aux traits macaques et une grosse grippe africaine à s’arracher les poumons. Quoi qu’il en soit, nous partirons avec lui, ce scout d’expérience, qui sera d’une bonne compagnie.

La première journée, la Jeep des Français nous dépose au Sankaber camp où nous prenons mule et muletier pour transporter une partie de nos bagages. Puis, nous filons vers le Geech camp, situé à une dizaine de kilomètres plus loin. En chemin, nous rencontrons des paysans, une chute splendide, des moutons en abondance et différentes espèces d’oiseau de proie.

Rapidement, nous constatons que les mises en garde des divers guides de voyage concernant le manque de nourriture des scouts sont véridiques. Bocat, notre scout tout maigrelet, ne fait pas exception à la règle et il n’a rien à se mettre sous la dent. Le partage de notre petit lunch est essentiel avant de poursuivre la route.

En chemin, nous croisons aussi des charognards africains, fort beaux mais voraces, qui quémandent une partie de notre repas. Nous les avons baptisés les véroles! Il faut bien se surveiller, car eux, ils nous surveillent. Et surtout notre canne de thon qu’ils n’hésitent pas à nous dérober avec leur gros bec!

La deuxième journée, nous explorons les alentours du Geech camp. Nous pourrons admirer différents points de vue avec des falaises et des gouffres. J’en ai des vertiges, mais le décor en vaut la peine. L’altitude se fait sentir : mon souffle est court et saccadé. Nous sommes à plus de 3 500 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Nous croisons plusieurs habitants des monts Siemen pendant notre marche. La plupart des enfants nous harassent pour obtenir un peu d’argent, pour nous vendre des petits paniers ou des frondes ou carrément pour obtenir de la nourriture en nous mimant l’action de manger. Des réflexions s’imposent encore en nous en voyant tous ces enfants sales, la morve au nez, nu-pieds. C’est l’Afrique, la vraie, pas celle que nous voyons de loin, assis dans notre sofa. C’est pénible, éprouvant pour le moral. Ça nous laisse sans voix, impuissants. Notre éthique nous parle et toutes sortes de questions émergent en nous : « Doit-on vraiment donner de l’argent tout bonnement comme ça? », « Comment les plus pauvres financièrement au Canada peuvent-ils être riches comparativement à ces familles africaines? », « D‘où viennent ces injustices? », « Quelle est la meilleure façon de les aider? » Et le plus pénible, c’est lorsque nous croisons des blessés qui nous montrent subtilement leur chair ouverte en nous implorant de les aider. Oui, nous sommes Blancs, des Farenji, oui, avec nos bottes de brousse et nos sacs à dos nous sommes riches, mais non, nous ne sommes malheureusement pas tous médecins pour autant. Et c’est déchirant de se sentir doublement impuissants.

Cependant, en après-midi, j’ai vécu une expérience très positive avec un groupe d’enfants. Tranquillement, je me lavais les cheveux et les membres sous une source d’eau. Des petits curieux se sont attroupés autour de moi en m’observant d’un drôle d’air. Je leur ai donc proposé d’essayer l’expérience « lavage de cheveux et de la peau ». Et ce fut le party d’eau, de mousses, d’éclaboussures et de grands ricanements! Plein d’autres enfants approchaient avec curiosité et prenaient part au festival du lavage intensif. C’était tordant! Les enfants se sont amusés et ils sont partis, savon à la main, le grand sourire aux lèvres sans rien me demander. J’étais comblée.

Le soir venu, nous sommes retournés à un magnifique point de vue pour contempler le coucher du soleil.

Plus tard, François est parti à la conquête des cieux étoilés et a rencontré un petit chacal rôdant autour du campement.

La troisième journée en fut une bonne. D’abord, la marche nous amenait à un point de vue époustouflant, l’Imet Gogo, situé à environ 4 000 mètres d’altitude. En chemin, nous croisons plusieurs Geladas, des singes endémiques des monts Siemen. Ils sont magnifiques avec leur crinière de  lion touffue. Leurs cris sont aussi très spéciaux! Nous les observons monter la garde, se trouver des poux et les manger pour ensuite se chamailler entre eux en montrant les crocs!  Puis, une quinzaine de kilomètres plus loin, nous arrivons au Chenek camp, destination finale.

Ce soir-là, nous sommes allés observer les Walia Ibex, des petits boucs de montagne. En chemin, nous avons revu des Galadas et avons profité de ce moment pour les filmer. À un moment donné, un imposant groupe est arrivé. Les singes semblaient agressifs, car ils venaient de se quereller. Qui était la belle poire flanquée en plein milieu d’eux? Hé oui, vous avez deviné! Je me suis fait encercler d’une dizaine de singes aux crocs pointus! La règle « Restez calme lorsque vous voyez des animaux sauvages agressifs » ne s’appliqua pas dans mon cas. J’ai poussé un hurlement et je me suis ruée sur François qui se demandait bien pourquoi je capotais comme ça. Et moi de dire: « Tu ne les as pas vus avec leurs longues dents pointues? » Et lui de répondre : « Bien non, ils sont tout mignons, tu aurais dû les filmer! ». Ben oui, certainement, je voulais bien finir broyer sous leurs dentiers mangeurs de poux!

La nuit sera fraîche pour ne pas dire glaciale puisqu’il y aura du gel au sol à notre réveil. Juste avant notre départ, quelques Geladas viendront près de notre tente. Non pas pour nous dévorer, mais pour sentir nos sacs et arracher quelques brins de foin pour les dévorer. Ils ont peut-être aussi mangé quelques tiques qui semblent avoir élu domicile dans nos affaires. Hé oui, nous sommes persécutés par des bibittes microscopiques!

Tiens, tiens, les mangeurs de poux pris sur le fait!

Cette quatrième et dernière journée sera emplie d’émotions. Nous devions marcher encore deux jours pour retourner à Débark en empruntant une route poussiéreuse sans grands paysages époustouflants au rendez-vous. Nous tentons de nous joindre à un groupe de touristes ayant un minibus, mais sans succès. Nous entamons donc notre grande enjambée sur la chaussée sommaire. Dès que nous apercevons un camion, un pick-up ou tout moyen de locomotion sur roues pouvant nous ramener au village, nous l’arrêtons. Mais les prix exigés sont inabordables pour nous. Les raisons invoquées par les chauffeurs? « Vous êtes en Afrique ici, il faut payer », « Vous devez prendre absolument une Jeep, c’est mieux pour votre sécurité », etc. Mais les locaux peuvent circuler dans la boîte du pick-up, eux. Ça, c’est sécuritaire! Mais pas pour nous il faut croire. De toute façon, le parc a formellement interdit aux véhicules locaux – autre des les Jeep et les bus touristiques organisés – de prendre des touristes en chemin. La corruption et le désir du gain l’emportant sur les règlements, nous trouvons donc des « bons samaritains » voulant bien nous conduire jusqu’à Débark pour une rondelette somme. Pour obtenir un meilleur prix, il faut avouer que j’ai simulé des étourdissements et des maux de tête. Ah! Méchante fille!

De toute façon, plusieurs transports avaient refusé de nous prendre, malgré ma maladie imaginaire, puisque nous ne voulions pas payer le prix exorbitant qu’ils nous demandaient! Il y a toujours bien des limites! Encore une fois, les réflexions ont surgi en moi. Pour la première fois de ma vie, je sentais que l’intransigeance de certains individus était probablement due à notre couleur de peau. Nous ressentions en quelque sorte tout l’impact du passé nébuleux dans les relations entre les Occidentaux et les Africains : esclavagisme, colonisation, exploitation. D’une certaine manière, nous étions les victimes passives d’un passé qui nous échappait, mais que nous représentions par la blancheur de notre épiderme. C’est peut-être pousser loin dans les interprétations vous allez dire, mais pas carrément hors de la track…mais en quelque sorte, n’est-ce pas un faible retour du balancier?

Alors, c’est dans une boîte d’un imposant dix roues que François passa ses trois heures de routes et moi, couchée sur le petit lit derrière le conducteur bien gentil qui me fit la conversation. Pour passer inaperçue à l’entrée du parc, il m’a couverte de son manteau. Tant qu’à François, il était bien caché dans la benne, le visage brun de poussière!

Un gamin très gentil, rencontré à Débark, qui nous a accompagnés lors de notre emplettes au marché du coin.

Heureux nous étions à l’arrivée à Débark. Nous avons offert une bière et un fasting food – repas végétarien à base de lentille qui se mange avec un pain éthiopien, l’injera – à notre scout pour célébrer le tout. Bocat est très chrétien, comme une bonne partie de la population éthiopienne, et pendant environ 200 jours par année, il doit respecter une diète végétaliste. Ce fut un bon repas d’adieu!

Les monts Siemen nous ont enchantés et même si, de prime abord, ils représentaient une randonnée en plein air, ils ont suscité en nous différentes réflexions humaines.

Ameuseugënalo pour vos précieux commentaires!

– Karine

À VOIR: Album photo des monts Siemen

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