Ciudad Bolívar

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Mis en ligne le26 Mai 2012 dans 17-Vénézuéla

Salut les socialistes en grève!

Nous revenons dans l’hémisphère nord après 5 mois d’absence. Pour terminer en beauté, nous faisons halte dans l’un des pays les plus difficiles de ce voyage : le Vénézuéla. Pour la première fois, nous avons vraiment la trouille.

Saviez-vous que le Venezuela présente l’un des taux de criminalité les plus élevés du monde? Il y aurait au moins 5 fois plus de meurtres à Caracas qu’à Bogota, capitale de la Colombie! Nous ne voulons pas vous effrayer, mais nous devons composer avec les recommandations actuelles du gouvernement canadien par rapport aux gens voyageant au Vénézuéla : « On signale des crimes violents, notamment des meurtres et des vols à main armée, dans tout le pays, y compris dans les parcs nationaux et les endroits touristiques. On signale de plus une récente augmentation des cas de crimes violents à l’aéroport et dans les zones avoisinantes. » Entienden?

Comme prévu, notre plan de dormir à l’aéroport de Caracas a été une solution relativement sécuritaire même si plusieurs agents habillés avec toutes sortes de costumes tentaient de nous corrompre en voulant changer de l’argent ou en nous incitant à prendre un taxi. Nous avons donc dormi pour une deuxième nuit d’affilée dans un aéroport, cette fois, sur des bancs d’un restaurant éclairé intensément par les puissants néons. Au matin, nous avons pris un vol interne pour la ville de Maturin afin d’éviter Caracas.

Ensuite, nous avons constaté ce que nous doutions. Il n’est pas possible de retirer de l’argent dans un guichet automatique. Nous avons donc changé quelques dollars US à une dame puis à un autre monsieur pour payer les transports de taxi et d’auto partagés pour nous rendre à Ciudad Bolivar. Aux contrôles policiers sur la route, les soldats armés nous posaient des questions surprenantes : « Combien de temps de vol est-ce le Canada? »,  « Aimez-vous le Vénézuéla? »,  « Où avez-vous appris l’espagnol? ». En fait, ils passent plus de temps à regarder nos bébelles électroniques qu’à demander autre chose. Fiou, ils ne les ont pas gardés pour eux…

À Ciudad Bolivar, nous sommes restés quelques jours dans une posada (hostel). Là-bas, nous avons compris que depuis quelques années, il était plus difficile d’obtenir de l’argent local. En fait, nous en aurions obtenu deux fois moins à la banque qu’au change dans la rue (black market). Un système de change illégal, mais pratiqué par tout le monde. À l’hostel, il y avait un résident permanent, un Allemand installé au Vénézuéla depuis 9 ans. Après quelque temps, nous avons eu confiance en lui pour échanger de l’argent.  Suite à quelques efforts, j’ai réussi à envoyer électroniquement des Euros dans un compte bancaire allemand pour qu’il m’échange des Bolivares.

Après deux jours au Vénézuéla, les problèmes de sécurité et d’argent nous faisaient même hésiter à aller au Brésil ou en Colombie pour terminer le périple. Les politiques de Chavez sont très restrictives et nous avions appris qu’il y a eu une baisse du tourisme en 70% en 3 ans! Les hostels ferment de plus en plus et les gens qui restent s’arrachent les quelques touristes. Nous seront donc très prudents en cachant nos passeports dans nos bas et la monnaie un peu partout dont dans la brassière de Karine. Nos petits sacs à dos sont remplis d’objets sans valeur et ne serviront que d’appâts aux plus redoutables carnassiers. C’est moins pauvre qu’en Afrique, mais nous serons plus prudents compte tenu de la corruption et des armes. Pas question de sortir après la tombée de la nuit.

Pourtant, dans la rue, tout est très beau, les habitants sont gentils et les couleurs des maisons très belles. Les seules photos que vous voyiez dans cette chronique ont été prises le matin très près de notre habitation. Ciudad Bolivar est traversée par l’Orénoque, le fleuve au troisième plus grand débit du monde.

Nous avons rebroussé chemin quand nous avons vu une file de plus de cent personnes qui attendaient pour entrer à l’épicerie. Ensuite, nous avons compris que c’était probablement une journée de distribution d’huile ou de sucre pour les citoyens de la révolution bolivarienne.

Sachez que la république bolivarienne du Vénézuéla (le nouveau nom officiel du pays) est le troisième pays exportateur de pétrole du monde. Dans ce pays d’inégalités sociales, le sport national est le baseball! Il y des restaurants Subways et des McDonald (???) et pour la première fois du voyage, nous n’avons pas besoin d’adaptateurs électriques pour brancher nos appareils au mur! Enfin, comme à la maison, sauf que…

Le président, Hugo Chavez, s’autoproclamant le nouveau Simon Bolivar, fait des discours à la télévision pendant plus de 8 heures d’affilées pendant son émission Aló Presidente. Il contrôle les médias de masse, change la constitution pour être réélu, favorise l’immigration chinoise pour qu’elle vote pour lui, etc.

Quand Chavez a expulsé l’ambassadeur américain du Vénézuéla en 2008, il a affirmé : « Allez au diable, Yankees de merde ! »  La présence d’un ambassadeur américain n’est à ce jour pas encore la bienvenue au Vénézuéla. Avec un ton comme celui-là, des Vénézuéliens de mauvaise foi ne se gênent pas pour déranger et mépriser, ne serait-ce que du regard, les gens de notre apparence physique. Il ne fait pas de doute : le président est adulé ou détesté. Les élections d’octobre 2012 seront déterminantes pour la suite.

Qui plus est, à notre posada, il se trame des relations humaines étranges. Il y a Diter, l’Allemand dont je vous ai parlé, Maria, la responsable de l’hostel et deux autres touristes Brésiliens. Diter sort avec une coiffeuse vénézuélienne de vingt ans sa cadette. Maria sort avec un autre Allemand, que nous ne verrons jamais, de trente ans son aîné! Diter est à moitié alcoolique et se dispute avec Rafael, l’un de ses bons amis du voisinage.  Maria se fait engueuler par une personne de la rue qui scande à répétition « Démonia! Démonia! » Elle ne lui ouvrira jamais les deux portes grillagées donnant accès à la rue avant d’éclater en sanglots… C’est pas jojo dans notre « Place Melroze » version amazonie…

Un soir, nous allons manger du poisson chez Rafael, le dit voisin. Une chance que les discussions étaient intéressantes avec le Brésilien professeur d’histoire, car le reste de la soirée était totalement étrange. Nous sommes partis tôt après nous être chamaillés pour notre monnaie que nous n’avons revue que le lendemain après d’autres discussions hautes en couleurs parmi la clique du voisinage. Diter a dormi toute la journée… le rhum (ou autre?) a dû tapper très fort. Bref, une chance que nous partions de l’endroit ce soir-là.

Nous avons pris l’autobus de nuit avec Joël, un Australien. Même si le prix de l’essence est environ de 2 cents le litre, le coût des transports en commun demeurent élevés. L’essence n’est tellement pas chère que trois heures de route en voiture coûtent moins d’un dollar! En fait, le pétrole acheté au Vénézuéla est le moins dispendieux au monde. Reste que nous nous demandons bien pourquoi le gouvernement n’augmente pas le prix du carburant pour améliorer les services offerts à toutes les classes de la population.

En plus, ils gaspillent tellement d’énergie dans la climatisation. Ce n’est pas croyable! Joël nous avait prévenus que la température serait terriblement fraîche dans le bus semi-cama, mais nous avions relativisé ses propos. C’est un Australien après tout… Erreur à ne pas refaire! La nuit a été atroce : nos jambes étaient coincées dans des angles impossibles et nous avions l’impression de dormir dans un frigidaire! Même les Vénézuéliens habitués se crispaient le visage sous leur couverture de polar. Ce n’est pas mêlant, j’aurais eu besoin de mes gants et de ma tuque alors qu’il faisait bien au-dessus des 20 degrés à l’extérieur! Pas de danger de dépérissement de quoi que ce soit! Mais, dites-moi, à qui conviennent ces conditions de transport? À part au jeune Agaguk lorsqu’il avait 8 ans?

Pour clouer le cercueil, entre minuit et six heures du matin, le chauffeur nous a gâtés avec une de ses sélections de musique chaude des Caraïbes. Avec trompettes et tubas s’il vous plaît! Karine et moi sommes partis à rire de la dérision totale de la situation!

Nous sommes arrivés frigorifiés à Santa Helena à la frontière du Brésil. La ville y est agréable malgré l’interminable file d’automobilistes qui tentent de se rendre à la station-service. Les gens qui vivent de ce commerce interfrontalier sont très surveillés. Il est interdit de remplir plus qu’un réservoir par voiture par personne. Nous présumons qu’il y a des experts siphonneurs à temps plein dans le coin. Ainsi va la vie.

Nous partons donc demain pour notre dernier grand trek de ce voyage : une randonnée à pied sur les reliefs tabulaires des tepuys de Roraïma.

Si dios quiere,

Bonne chance avec vos charmants gouvernements,

– François

À VOIR : Album photo de Ciudad Bolivar


4 commentaires

  1. Marcel, pop

    Heureux que vous soyez des gens allumés…dans ce pays à risques! Je pense à vous et si je peux être un de vos anges gardiens…Bon retour à la maison!
    Pop Marcel

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  2. Claude

    It is very interesting how the characters you meet SO reflect the social, economic and political conditions of each country. Thanks again for sharing your fresh encounters and observations of the human condition. Can’t wait to hear how you see your old home with new eyes?

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  3. Louis

    Ouais, bien intense cette arrivée! Bien heureux de vous savoir de retour sains et saufs! C’était dans l’Amazonie tout ça?

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    • Oui sur le bord de l’Amazonie au centre-est près de l’Orénoque.

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