Randonnée à Roraïma

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Mis en ligne le02 Juin 2012 dans 17-Vénézuéla

Grimaces à tous,

Cuanto tiempo sin ver ustedes!

Ça sent déjà les fraises par chez vous?

L’heure des trimardeurs à pied achève, voici l’histoire de la dernière randonnée. Nous amorçons la grande marche après avoir roulé en Jeep sur une route de cailloux. La savane s’allonge devant nous avant de rencontrer deux énormes blocs massifs.  Ces montagnes au sommet plat sont appelées tépuis et nous allons gravir l’un deux : le Roraïma.

La géologie des tépuis remonte à l’histoire du Gondwana, ce supercontinent qui unissait l’Afrique de l’Amérique du Sud. La montagne de Roraïma était déjà vieille avant la séparation des continents actuels. La savane qui entoure les blocs est similaire à la savane africaine; les grands animaux en moins.

Nous formons une escouade d’une vingtaine de personnes. Un peu plus d’une dizaine de touristes ont choisi la même agence et quelques porteurs forment le groupe. Si ce n’était pas des problèmes de sécurité du Vénézuela, nous aurions sûrement organisé l’excursion d’une autre façon. Nous atteignons le premier camp où nous faisons connaissance le soir. Il pleut de biais au lever du jour et les micromoustiques nommés puri-puri continuent de faire des percées dans la chair fraîche. Scratch and snif.

Il faut traverser quelques rivières pour se rendre au camp de base le deuxième soir.

Puis, nous amorçons l’ascension finale sous la bruine au troisième jour. Une piste très pentue permet de gravir la falaise en diagonale à travers la jungle et les chutes. Arrivés au sommet, il fait assez froid et il pleut davantage. Nous sommes introduits aux rochers érodés du sommet et à la vie sommaire qui y subsiste.  Presque toutes les plantes vues sur les tépuis y sont endémiques. Même qu’on dit que la moitié des végétaux rencontrés sur le bloc Roraïma sont endémiques à cette montagne. Le sommet est un endroit difficile pour tout organisme vivant. Le niveau de pluie intense rend le sol pauvre en nutriment. Ce n’est pas du tchernoziom! Des plantes ont développé des stratégies particulières pour s’agripper aux substrats ou bien pour se nourrir d’insectes.

Parmi les animaux, la grenouille noire au ventre orangée – oreophrynella – est endémique aux tépuis et ressemble plus à certaines grenouilles d’Afrique. D’ailleurs, elle est incapable de sauter et se déplace assez maladroitement.

Il pleuvra tout le troisième jour sauf par temps d’accalmie où la bruine des nuages déchargera sans cesse ses gouttelettes. Particulièrement sur tout vêtement suspendu à une corde à linge… Une fois la noirceur tombée, ce n’est pas le paradis pour les noctambules. Mieux vaut aller se pieuter dans sa tente avec un bon roman policier, quelques gorgée de liqueurs ainsi qu’une bonne pensée pour que l’immense rocher qui nous sert de toit ne nous tombe pas sur la tête.

Côté météo, le quatrième jour est aussi exécrable sur le plateau aux falaises de 500 mètres. Au petit jour, notre guide guyanais Calio s’est poussé sans tambour ni trompette avec trois membres du groupe qui voulaient raccourcir l’expédition d’une journée. Le reste des porteurs laconiques ne serviront qu’à nous aider à ne pas nous perdre dans les prochains déplacements. En après-midi, nous partons coûte que coûte pour explorer les environs. Entre deux pluies battantes, les nuages s’éclaircissent assez pour que nous puissions parfois observer des bouts de ciels un peu plus blancs, parfois même des petits trous bleus! Mais ce ne seront peut-être que des mirages, il faut déjà trouver un autre rocher sous lequel il faut laisser passer le déluge. Nous sommes dans le royaume du roman « Le monde perdu » d’Arthur Conan Doyle. Il fait de plus en plus froid en fin d’après-midi et nous avions l’estomac dans les talons. Vivement un bon riz aux fèves rouges avant de retrouver le repos de la nuit humide.

Il pleuvait encore au matin du jour cinq. La descente était scabreuse et particulièrement périlleuse sous la chute. D’ailleurs, Evelina, la jeune porteuse est tombée tout juste sous mes yeux. Elle a fait quelques roulés-boulés pendant deux ou trois mètres avec sa cargaison sur le dos. Une chance qu’elle a pu revenir au camp de base avec quelques douleurs crurales sans plus. La météo a changé du tout au tout pour le reste de la journée : c’était beau et chaud. Nous avons dévalé la piste qui nous avait pris deux jours à grimper. Pour certains marcheurs qui avaient peu d’expérience, les genoux et les articulations faisaient souffrir.

Le sixième jour n’était qu’une formalité de marche où nous avons terminé en groupe autour d’un bon poulet barbecue accompagné de yucca.  Pour finir, plusieurs de nos compères ont formulé des plaintes au propriétaire de l’agence. Bref, le propriétaire s’est excusé et nous a payé l’autobus en guise de modus vivendi. Petite consolation pour cette grande randonnée.

Allons voir les serpents et les piranhas maintenant!

Toutes nos révérences chers amis,

– François

À VOIR : Album photo de Roraïma


3 commentaires

  1. Oncle Françcois

    Ben content que les mauvaises aventures avec les brigands soient choses du passé. Merci pour tout ces contes aussi palpitants les uns que les autres, ce fut bien agréable de vous lire tout au long de votre périple, puis, maintenant je vous souhaite un bon retour au bercail!

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  2. Richard

    intéressant!

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  3. Louis

    Yee-haa vers les bibittes piquantes!

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