Allée des baobabs

Mis en ligne le 12 fév 2012 — par Francois
Categorie 13 - Madagascar

Ceux qui aiment les baobabs tapent des mains! Comment ça va dans l’hémisphère?

Ici, après le deuxième jour de descente de fleuve, nous accostons sur une berge boueuse pour poser la tente dans un village aux huit maisons de paille. Dès le premier instant, nous serons épiés par une horde d’enfants et de quelques adultes curieux. Nos moindres gestes et paroles susciteront bien des attentions. En préparant le repas, Karine distribue nos dernières miettes de pain à la foule d’inlassables écornifleurs.


En fait, il faut dire qu’au village nous avons été constamment en présence d’observateurs. Les plus tardifs ont quitté leur poste peu après que nous ayons fermé la lampe frontale dans la tente.

Déjà, vers 6h du matin, moins quelques poils sur mon pas de montre, deux fillettes prêtes à déceler nos premiers étirements étaient accroupies au seuil de la tente. Ce jour-là, nous pensions poursuivre en pirogue sur le fleuve, mais une histoire de passe-passe que nous n’avions pas trop bien saisie a mis sur notre chemin une charrette à zébu! Let’s go pour la charrette alors! De toute façon, c’est bien connu qu’à Madagascar, rien ne sert d’aller plus vite que le violon.

Donc, suite aux apprêts du départ et à la mise à sac, c’était parti pour les traverses de rivières à gué et des chemins coulants. Le conducteur de la charrette est bienveillant avec nous et malgré son handicap aux jambes, il manie la queue de bœuf avec aisance. Sauf peut-être au moment où Karine a reçu des éclaboussures de bouses fraîches dans l’œil!

Nous avançons en crapahutant. Des fois, nous aurions le goût de faire du portage avec la charrette. Au passage, dans un des villages, un vieux fou émacié, le couteau à la main, se met à nous traquer en marchant clopin-clopant. Il me fait un discours incompréhensible à quelques pouces du visage. Nous espérions qu’il n’avait pas été bercé trop près du mur à la naissance et surtout qu’il lui restait encore quelques fils qui ne se touchaient pas! Mais un kilomètre plus tard, à force de voir notre vitesse slaquée par tous ces obstacles, le vieux capoté à pied nous a semés quelque part après le marais. Dring dring pow pow! Nous étions contents de ne pas revoir ce cher hurluberlu!


Nous arrivons à Belo-sur-Tsiribihina sans savoir ce qui nous attendait. En fait, le camion-brousse que nous avons pris était la pire expérience de promiscuité insupportable. Croyez-moi qu’ils ont réussi à faire rentrer 25 personnes dans le truck! Dans la boîte arrière, nous étions 16 personnes (13 adultes et 3 enfants). Aucun mouvement de corps n’était envisageable dans cet enfer de « transpire en commun ». Ça sentait la sueur macérée du poney mélangée aux pattes cassées de ce cher petit canard! Quand nous nous sommes arrêtés pour réparer une roue, ce fut toute une aubaine de se déplier le tronc. Je pense qu’un miracle s’est produit à ce moment-là!

En fin d’après-midi, nous sommes arrivés à destination dans des conditions de cannellonis écrapoutillés après qu’on les ait oubliés dans l’eau : ramollis, vannés et poqués au coton! Nous n’avions plus d’eau depuis le midi et il n’y avait aucune gargote à l’horizon ni d’endroit vraiment pour passer la nuit. Un mood qui nous enlignait à mettre la tente dans un whoop-whoop et à souper avec du riz blanc… Après un instant de répit, nous avons pu reprendre nos esprits. Quelques gouttes d’eau vive nous ont remis sur le piton! Quand nous avons levé nos têtes reposées, la beauté du lieu nous subjuguait.

Plus le soleil se couchait et plus nous devenions aveuglés par tant d’harmonie pour l’œil.

Nos petits cœurs ont steppés ça de haut. L’allée des baobabs est un endroit exceptionnel et difficile d’accès. Ces mastodontes vénérables ont plusieurs centaines d’années, certains en auraient même 1000!

Mais, ils sont aussi en grand danger. L’agriculture intensive du riz dans la région force les baobabs à subsister les pieds dans l’eau presque à l’année. Une immersion qui accélère le phénomène imposé tôt ou tard à tous les êtres vivants : l’incapacité permanente à résister aux modifications imposées par l’environnement ou bien en un mot – vous aurez deviné – la mort. Je crois qu’il y a eu des pressions pour qu’une frange de la population se mette à cultiver l’arachide, mais tout le monde ici sait que travailler pour la cacahuète ne rapporte que des pinottes… Cela va de soi que le seul choix qu’il reste aux Malgaches est la culture du riz ou bien la culture du riz…

Quand même, des efforts ont été mis en place pour créer une réserve spéciale. Cette dernière, sans frais d’entrée, n’aide pas à réduire l’impact de la sucrerie chinoise juste à côté. En fait, les cochonneries de la sucrerie se déversent aisément jusqu’aux pieds des baobabs. Espérons que ces piliers du temps ne soient pas réduits en poussière. Qu’en-dira-t-on?

Madagascar est pleine de contradictions et ce ne sera pas la dernière.

Allez ouste, du balai!

- François

À VOIR: Album photo de l’allée des baobabs

Fleuve Tsiribihina

Mis en ligne le 11 fév 2012 — par Francois
Categorie 13 - Madagascar

Coup de chapeau, courbettes et gros becs. Considérez-vous comme salués!

C’est encore moi en direct de cette ancienne colonie française dorénavant sans gouvernement et sans arbres.

Alors comment ça va les amoureux?

Cette fois, vos incorrigibles explorateurs vous emmènent sur le fleuve Tsiribihina (oui, un autre nom malgache à coucher dehors, il faut s’y faire).  Nous y descendrons en pirogue sur plus de 140 kilomètres.  

Nous avons mis trois jours de taxi-brousse pour atteindre Miandrivazo à partir du parc d’Isalo. En ville, nous avons fait la connaissance de plusieurs intermédiaires organisateurs de ce genre d’activités. Comme c’est la saison basse, nous étions les seuls touristes de la ville. Donc, nous avions le choix. Certains nous sortaient des arnaques pour échanger quatre piastres pour un trente sous, mais on ne nous là fait pas celle-là. Emberlificoteurs, va! Disons qu’il n’y avait pas beaucoup de place à la discussion puisque nous fournissons tout le matériel et la nourriture nécessaire pour les trois jours prévus. Après quelques échanges et un passage à la mairie pour remplir de la paperasse, nous étions fin prêts à débarrasser le plancher des zébus le lendemain matin.

Au petit jour, nous partons avec Évariste et Honoré, nos hardis pagayeurs. Ils sont très fougueux et se font même cuire un steak de zébu à même le bateau. Ça sentait bon pendant la descente et nous les enviions avec notre petite baguette de pain blanc et nos quelques encas! C’était aussi spécial de ne pas pagayer et de se laisser descendre le long du fleuve tranquille. Nous nous la coulions douce sous le soleil de plomb. Chemin faisant, nous croisons quelques autres embarcations et chalands à moteur.

En après-midi, nos piroguiers nous ont proposé de s’arrêter ou de poursuivre encore 3 heures sur le fleuve. Nous avons pris le deuxième choix pour nous donner le plus de chance d’arriver à l’allée des baobabs la journée que nous souhaitions. Nous avons donc renoué avec la tiédeur du fleuve rouge de terre érodée. Comme l’eau était à son niveau le plus haut de l’année, beaucoup de plantes arrachées nous suivaient à la surface du courant.

Avant de nous installer pour la nuit, nous nous sommes arrêtés à une petite cascade. Nous avons pu y remplir nos gourdes d’une eau moins orangée. Il faut dire que les Malgaches de la région boivent directement l’eau boueuse. Dieu sait à quel point notre filtreur nous a été bénéfique et surtout combien il a été une source de conversation parmi les villageois. Une petite pompe à bras avec un morceau de céramique et la magie opère : l’eau brune se transforme en eau blanche!

La tribu familiale chez laquelle nous avons posé la tente était très gentille. Ils vivaient dans une maison de paille haute comme trois tamarins et il n’y avait aucun voisin. Seul leur petit champ de maïs à flanc de berge tenait compagnie. Comme il n’y a aucune route près du fleuve, ces gens sont très pauvres, mais aussi très authentiques. Nous leur avons donné de la nourriture et notre restant d’huile de sésame qui semblait les intéresser hautement. Il faut dire qu’on avait scrappé notre souper de la veille. De la sauce pesto à la crème, ça ne va vraiment pas avec le sésame!

Le lendemain, nous poursuivons la descente et atteignons une région où les gens cultivent le tabac (qu’ils fument avec du papier de feuille de cartable). Puis, le soleil était de plus en plus fort. Nos piroguiers se sont arrêtés pour se trouver de la nourriture dans les villages, mais les gens n’avaient rien d’autre que du riz. Alors, nous avons pêché avec un filet tout troué jusqu’à tant qu’ils récoltent un petit poisson pour compléter leur repas. Évariste, le plus jeune, n’a sûrement pas bu assez d’eau et il avait un coup de chaleur. Nous lui avons donné des pilules, de l’eau filtrée et j’ai pagayé pour finir la run. Ce qui était encore mieux, remarquez.

Nous avons aussi revu des lémuriens blancs aussi appelés Sifaka  ou Propithèque de Verreaux. Cette fois-ci, nous sommes débarqués pour les observer du bas des arbres. Le long de la descente, nous avons aussi aperçu cinq ou six caméléons, un crocodile, des chauves-souris et plusieurs oiseaux, dont le magnifique Guêpier de Madagascar.

Propithèque de Verreaux

Nous sommes arrivés en fin d’après-midi dans un village encore plus pauvre avec une quarantaine d’habitants dont la moitié n’a cessé de nous observer. Nous poursuivrons la prochaine chronique à partir de ce lieu hors du commun.

Merci de nous encourager et au plaisir de vous changer un peu les idées.

On se revoit même bat-lieu, même bat-fleuve!

- François

À VOIR : Album photo de Tsiribihina